Vidéos

Voici une sélection de vidéos.

Evolutions masquées, est une série de six morphings musicaux, vidéos, utilisant les personnages de Barbamama, Batman, Belphégor, Dark Vador, Spider man et Zorro. Chaque morphing dure 2 minutes : une minute pour aller de moi en burqa au personnage choisi, et une autre minute pour faire le chemin inverse. Les morphings sont fait pour être en boucle. Chaque morphing, en condition d’exposition, doit être présenté sur un petit moniteur ; il faudrait donc six moniteurs, et six appareils de lectures ; pour le son, je préfèrerai un système de douche plutôt que des casques bien que ce dernier soit beaucoup plus économique. 

 

Une musique de fond accompagne chacune des vidéos. Cette musique évolue elle-même. Je suis partie d’un thème oriental, une musique traditionnelle libyenne, que j’ai refaite, et « adaptée » au thème du héros concerné, qui a été rejoué avec des instruments traditionnels arabes également… Les thèmes arrangés ont été ralentit pour tous être sur le même rythme, afin, une fois de plus, de préserver une "harmonie" entre les différentes versions. Certaines musiques permettent de reconnaitre le thème immédiatement comme pour Dark Vador, alors que d’autres sont plus subtiles comme pour Zorro, à cause justement du ralentissement. Ces musiques constituent une réinterprétation des différents thèmes de films et téléfilms, sans qu’il n’y ait de rupture entre les deux types de musique réunis pour le morphing ; c’est un assemblage des deux, un mixage. (Les six pistes ont été créées pour tourner en boucle également.)


Avec les morphings, je mets en avant le rapport formel entre les différents visages masqués de noir et j’insiste sur la transformation, la mémoire et l'effacement. Ainsi l’image est mouvante, toujours dans un « entre deux ». On passe d’un visage à un autre et cette transformation nous dessaisie de ces images qui nous sont familières et nous force à les reconsidérer.

 

 Amiens City by night est la captation de la performance vidéo qui a eu lieu une nuit de décembre 2010. Je suis partie du constat que dans les films ou dessins animés, les super héros viennent en aide aux policiers pour faire régner l’ordre dans la ville. Etant donné qu’il y’a en bas de chez moi (centre ville d’Amiens), des nuisances sonores (bagarres d’ivrognes, sorties de bar et de boîtes de nuit, etc) toutes les nuits, qui perturbent le voisinage sans que l’on ne puisse rien faire et sans que les forces de l’ordre n’interviennent (alors que c’est à deux pas de l’hôtel de police) ; j’ai décidé de faire intervenir Batman, justicier de la nuit, dans l'espoir que sa présence dissuade les indésirables de s’arrêter dans ma rue.

 

 

Batman a donc été projeté sur la façade en face de mon domicile. Un Batman que j’ai filmé préalablement et qui est en train d’attendre de faire régner l’ordre. On le voit tourner en rond, s’ennuyer, être à l’affut d’un bruit suspect, se préparer à la bagarre… Pour le coté dérision nous avons affaire à un Batman légèrement dévalué, le Batman d’origine, (dont le costume, bien que déguisement officiel, est assez mal fait et ressemble davantage à un pyjama). Cette petite critique des forces de l’ordre est fortement emprunte d’ironie et ce à plusieurs niveau, tout d’abord parce que Batman par son attente montre l’inefficacité policière, qui eux même tournent en rond en attendant que quelque chose se produise dans leur champ d’action. Ensuite par sa tenue ridicule qui rappelle également celle des forces de l’ordre…

 

Ce qui m’intéresse, c'est l'arrivée de cette projection dans la réalité (en espace urbain, de nuit), face à une situation de trouble de l'ordre public, avec les réactions des gens, les imprévus… Amiens City by night, présente la projection de plusieurs points de vue, de la rue et de mon balcon au premier étage. J’ai souhaité que la vidéo soit muette pour que son intégration à l’espace urbain reste discrète et qu’elle ne soit pas décelé de trop loin pour que les passants puissent être surpris. A certains moments il y a eu de vrais interactions avec les passants. Par exemple, des gens chantaient dans la rue (comme ils le font dans les stades) et à ce moment là Batman s’est redressé et à tendu l’oreille comme s’il les avait entendu et à ensuite fait son échauffement comme s’il se préparait à les recevoir. Il est arrivé également qu’il suive du regard une voiture ou des gens en train de passer (pure hasard). Cette projection à susciter la curiosité de beaucoup de passants (je dirais 60/70%) et j’ai eu pas mal de réactions, on en voit certaines dans la vidéo mais beaucoup se sont faites hors-champ. Lorsque j’étais dans la rue pour filmer, ma présence était repérée très rapidement et beaucoup de personnes sont venues me saluer et me demander ce que je faisais, ou bien juste me dire un petit quelque chose comme « génial », « c’est plus l’heure de travailler », « pas trop froid ? », « pourquoi s’est là ? », « ça sert à quoi ? », « c’est la télé ? »… Il y a même un homme qui m’a parlé pendant 25 minutes sur les nuisances sonores, la meilleure façon d'isoler mon appartement... Puis j’ai filmé de mon balcon et là, les passants cherchaient des yeux d’où venait la projection et certains finissaient par me voir en train de les filmer. Par deux fois, ils m’ont interpellé pour discuter et en savoir plus, et à d’autres moment je les ai filmé à leur insu, comme lorsque deux hommes parlent de la mésaventure de l’un d’entre eux qui a été en prison pour possession de « coke », ou encore lorsqu’un jeune, incité par ses amis, a été défié l’autorité de Batman, donnant un coup de pied dans le mur et se mettant à insulté dans le vide (lui pour le coup n’a ni repéré la projection ni même ma présence). C’est la seule réaction « négative » que j’ai eu.

 

 Cependant j’ai quelques regrets qui font que je vais réitérer cette expérience en l'améliorant considérablement. Tout d'abord, je n'ai pas eu de chance cette nuit là car je n'ai pas eu l’occasion de filmer d’ivrognes, ou de sorties de boîtes de nuit avec des gens bien alcoolisés. Mais surtout, de grandes améliorations techniques sont à apporter, comme le qualité de la vidéo projetée, et le fait de détouré le personnage et de le mettre à échelle 1 pour une meilleure insertion dans l'espace urbain, afin de gagner en crédibilité. J'entreprends à ce titre de réaliser une série de super héros dans ce genre qui seraient installés dans différents rues de différentes villes.


On peut voir ici une référence au travail de Bertrand Gadenne qui projette dans la rue des images animées pour provoquer des situations ambivalentes qui appellent la réaction de son spectateur. Cela fait partie des expériences artistiques qui jouent sur les décalages et les recadrages de la vie ordinaire, quotidienne et routinière, pour à la fois révéler les ressorts du fonctionnement dit "normal" (au sens sociologique du terme du moins) de notre mode de vie par l'irruption d'un élément perturbateur et faire émerger à la conscience la possibilité de se réapproprier sa propre vie et de produire du lien social.

Le titre de la vidéo est Rupture, car le suicide est une rupture avec la vie, de plus dans la définition de rupture on trouve: « séparation brusque de quelque chose en plusieurs parties », c’est le cas du corps d’un suicidé sur les chemins de fer qui sera mentionné dans la vidéo. La rupture est aussi un « abandon » de soi. Le choix de ce titre ajoute donc à l’ironie qui se dégage de cette proposition plastique.


Rupture présente, visuellement, une personne marchant sur des rails de chemin de fer, les images sont tournées de manière subjective, caméra au niveau du regard ; et au niveau sonore, on entend « l’interview » d’un cheminot à la retraite qui apparait plutôt comme un long monologue.

 

Il y a un décalage entre l’image et le son, car d’un coté on entend le conducteur retraité qui énumère les suicidés qu’il a rencontré lors de sa carrière et de l’autre on voit une personne sur le point de passer à l’acte mais qui à l’air indécis (car il ne s’allonge pas tout de suite, il fait un aller-retour sur une portion de rails…) il flirte avec la mort et à la fin, finit par s’allonger sur la voie ferrée.

 

L’image de la vidéo est là comme un motif et non comme le sujet principal de l‘action. L‘image n‘a d’importance qu‘accompagné par le son. La bande sonore étant l‘élément principal de la vidéo. Le discours de l‘ancien cheminot est très important car il raconte des choses graves sur un ton détaché et en employant l‘humour. On sent malgré tout que son rire est nerveux et qu‘il entretient avec les lieux qu’il cite un rapport particulier, il s’en souvient avec une précision hors du commun. Ce sont des lieux qui même plus de vingt ans après gardent une charge émotionnelle forte.


            L’interview a un petit coté dérangeant, on est un peu mal à l‘aise vis-à-vis de ce qu‘il raconte. Pas forcément à cause de la gravité des choses mais plus par sa façon de les raconter. Ca crée un sentiment étrange chez le spectateur; on a envie de sourire, même si ce qu’il dit n’est pas drôle, car sa façon de le présenter est presque grotesque, on dirait une farce, un peu à la façon des Deschiens.[1]


 Le spectateur peut aisément prendre cette vidéo en cours de route car il s’agit d’une énumération d’actes suicidaires et les images montrent une redondance de la marche. Une sensation de solitude émane de cette vidéo, la solitude du cheminot qui doit arrêter son train pour voir s’il a bien percuté quelqu’un et retrouver les morceaux du corps.

 

Avec Rupture c’est la forme du discours par rapport au sujet évoqué, et aux images qui est décalé ; le coté ironique. Le spectateur peut se poser des questions sur la vraisemblance des propos tenus, mais tout ce qui est dit est vrai.

 



[1] Les Deschiens est une série de sketchs mettant en scènes des personnages constituants des « français moyens », stéréotypes de diverses régions ; utilisant un langage familier.